Je recherchais ma carte bancaire égarée depuis un quinzaine de minutes lorsque mon petit dernier a surgit devant moi pour me demander s 'il pouvait regarder son émission préférée à la télévision. Dans un premier temps, je n'ai pas prêté attention à sa demande. Devant son insistance, je l'ai envoyé promener sans même bien comprendre ce qu'il me demandait. Pas très CNV, comme pratique, n'est-ce pas ?
En réalité, l'inquiétude nuit considérablement à la communication. On se trouve alors un état de conversation interne. J'étais sollicitée par moi-même : « où diable as-tu pu laisser cette carte ??? ». J'étais également, sûrement, occupée à me juger de façon pas très positive : « Qu'est-ce que tu peux être nulle à sans arrêt perdre tes affaires ! ». Je me concentrais aussi pour chercher à remonter le temps afin de trouver un indice : « Voyons, l'ai-je remise dans mon sac tout à l'heure en sortant de la boulangerie...? ».
Bref, tout ceci pompe énormément d'énergie.
Nous ne sommes pas toujours capables (quelque soit notre sexe...) de gérer de front deux conversations. Et si l'une de ces conversations est avec nous-mêmes, autrement dit si nous sommes en train de nous concentrer sur une inquiétude propre, ce peut être aussi difficile, et souvent impossible, de répondre à quelqu'un d'autre. Nos préoccupations entrent en conflit avec la demande d'une autre personne, et le résultat produit trop souvent un mouvement d'humeur, qui est une sorte de réflexe d'auto-défense.
La meilleure solution, lorsqu'une situation pareille se présente, est d'affirmer que nous ne sommes pas disponible pour le moment. En face d'un enfant, et même souvent en face d'un adulte, il est bon d'évaluer le temps de notre indisponibilité, afin de ne pas transférer bêtement le mouvement d'humeur sur notre interlocuteur. J'aurais pu dire, par exemple : « Attends, je ne peux pas te répondre car je suis en train de chercher quelque chose d'important et ça me préoccupe. Je pourrai te répondre dans 5 minutes. » Le temps pour moi de faire le tour des scénarios possibles pour ma CB. Ou, si c'est insuffisant, le temps de m'asseoir, de mettre mon inquiétude un instant ente parenthèse, pour pouvoir répondre à mon garçon.
Il arrive néanmoins que de graves sujets d'inquiétude nous « prennent la tête », ce qui est une expression tout à fait judicieuse et très explicite. De la même façon, savoir reconnaître son inquiétude permet de ne pas envoyer promener conjoint ou enfants en provoquant des situations conflictuelles qu'ils ne pourront pas comprendre. Il est facile de dire : « Attends, je dois faire face à une grosse inquiétude, et elle m'empêche d'être disponible en ce moment. Je ne peux donc pas te répondre pour le moment. » En face, nous mobilisons l'empathie de nos proches, plutôt que de provoquer le conflit.
Le plus difficile, par contre, reste de reconnaître que nous sommes dans un état d'inquiétude à un moment donné, et donc peu disponible pour nos proches.
Mais on peut s’entraîner ! Nous pouvons, par exemple, nous poser régulièrement la question suivante : « est-ce que quelque chose est en train de m'inquiéter ? » Si oui, demandons-nous si nous avons besoin de calme pour y faire face. Si nous répondons également par l'affirmative, nous saurons plus facilement parler à nos proches de notre indisponibilité provisoire. Ça marche très bien !
Victoire
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