Pratiquer la communication non-violente ne signifie pas que nous devons être constamment zen. C’est même une erreur de le croire, tant il est vrai que le recours à cette méthode de communication se rappelle à nous essentiellement en situation de conflit potentiel.
La distinction entre les faits objectifs et les sentiments que les faits nous inspirent est importante surtout lorsque ces sentiments nous heurtent. En effet, lorsque notre ami(e) nous assure de son amour, nous entendons bien le message, et il nous touche profondément, mais rien ne nous pousse, à ce moment-là, à faire le distinguo entre ce qu’il (elle) exprime et le sentiment que cela fait naître en nous : ce n’est pas utile, et nuit au baiser. En revanche, lorsque notre ami(e) exprime un reproche et que nous réagissons en nous sentant moins aimé, il est utile de faire ce distinguo pour entendre son message et pouvoir y réagir.
Lorsque nous nous sentons moins aimé, nous ressentons de la tristesse, de l’orgueil blessé, éventuellement de la jalousie, toutes choses qui peuvent déboucher sur le conflit. Dans ces moments-là, nous ressentons le besoin de nous défendre. La violence ou le repli sur soi peuvent constituer des réflexes d’auto-défense. Ils ne sont pas appropriés car alors, chacune des parties s’enferme dans son monde propre, dans sa souffrance, et le conflit dégénère sans offrir d’opportunité rapide de compréhension mutuelle. La crise s’installe plus ou moins longuement, laissant souvent des séquelles parfois irréversibles.
Peut-être avez-vous déjà expérimenté l’impression de bien-être liée à la certitude d’avoir été compris. C’est très exaltant, et très comparable, en sens inverse, à l’intensité de la souffrance de n’être pas compris.
Le conflit est la scène de confrontation de deux êtres aux besoins différents. Mais il offre également l’occasion même de résoudre le différend, et non uniquement celle de l’accroître. Cette signification du conflit est très présente dans son étymologie chinoise, où ce terme signifie à la fois l’opposition et l’opportunité de coopération.
Il est fondamental de ne pas se détourner du conflit : c’est un état de fait. Le nier est une fuite dont on portera la tension dans l’avenir. L’affronter en livrant bataille à son interlocuteur laisse pareillement des traces, au moins jusqu’à la réconciliation (qui n’est pas toujours possible). Prendre acte d’un conflit, au contraire, permet de se positionner dans une attitude de résolution : nous ne sommes pas sur un champ de bataille, mais bien sur un terrain de désaccord. Et, même en cas de conflit important, le terrain de désaccord est toujours bien plus restreint et facile à cerner qu’un champ de bataille.
Reste ensuite à mettre des mots sur le désaccord. Ce n’est pas l’étape la plus facile, mais elle est considérablement facilitée par la conscience de l’existence d’un conflit, et de la nécessité de le résoudre pour avancer.
Victoire
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