J'ai été témoin l'autre jour d'une scène particulièrement agressive sur un parking de supermarché.
J'étais dans ma voiture, en attendant mon fils qui était allé s'acheter un en-cas. Soudain, un bruit de freinage brutal attira mon attention. Deux véhicules avaient failli se rentrer dedans. L'un des conducteurs sortait de son parking, et se trouvait bien à gauche de la voie, tandis que le second, une conductrice, était bien à sa place mais roulait trop vite.
Après un temps d'hébétude, la conductrice pris l'initiative de repartir nerveusement, et je la vis se garer juste en face de moi.
Le conducteur, lui, sorti de son véhicule, le laissant sur place, se précipita en direction de l'autre voiture, manifestement furieux, haranguant vertement ses occupantes avec une voix forte.
Les deux femmes en sont sorties. En voyant l'attitude de l'homme, elles ont l'une et l'autre réagit immédiatement avec une violence démesurée, probablement pour avoir le dessus, mais aussi pour exprimer leur fureur suite à la peur qu'elles avaient pu ressentir, et à l'agression qui s'en suivait.
L'homme a continué de hausser le ton. Les femmes ont alors cherché à le frapper à coups de pieds, qu'il a su esquiver lestement. L'une d'elles, emportée par son élan, a été déséquilibrée et a chuté par terre. L'autre, en réaction, a empoigné son adversaire et s'apprêtait à lui donner une correction, quand une tierce personne s'est interposée, et a réussi, non sans mal, à les séparer. Le monsieur est reparti, furieux (mais prudent). Les deux femmes s'en sont retournées elles aussi, meurtries et très en colère.
Comment expliquer un tel gâchis relationnel ?
L'attitude menaçante du conducteur avait mis le feu aux poudres, auprès de deux jeunes femmes apparemment tout aussi nerveuses que leur interlocuteur. S'en est suivi une escalade de violence très rapide et tout à fait navrante, tant pour les protagonistes que pour les spectateurs qui se trouvaient sur place.
Que se serait-il passé si le conducteur n'avait rien tenté contre les occupantes du second véhicule ? Les trois personnes s'en seraient sorties avec une mauvaise humeur certaine, mais probablement ponctuelle, liée à la peur qu'ils avaient pu ressentir face au risque de choc, et aux torts partagés (dont ils auraient pensé respectivement qu'ils n'étaient pas responsables).
Et que se serait-il produit si l'homme avait décidé de ne pas en rester là, mais avait utilisé la CNV dans ce contexte ? Il aurait pu rejoindre les occupantes du véhicule de façon calme et posée. Puis il leur aurait parlé de la peur qu'il avait ressentie à l'idée de leur rentrer dedans. La conductrice aurait pu alors répondre, sans se sentir agressée, qu'elle n'avait pas vu la voiture arrivant en face parce que celle-ci n'était pas bien placée. Et l'homme aurait répondu qu'en effet, il n'était pas à sa place parce qu'il sortait de son parking, mais qu'il n'avait pas imaginé que ce puisse être risqué, et qu'il pensait qu'elle roulait trop vite dans les allées de ce petit parking. Et la femme se serait probablement excusée.
Si chacun avait dans sa vie une formation CNV, lui permettant d'exprimer son ressenti de façon pacifique, même lorsque son émotion a été vive, nous éviterions bien des désagréments de ce type, et bien des colères qui gâchent la vie de toutes ses victimes.
Victoire