lundi 19 décembre 2011

Ne pas évaluer, pour mieux écouter

L’une des clés de la communication non violente est de savoir appliquer une distinction nette entre « évaluer » et « écouter ».

L’un des synonymes d’ « évaluer » est : « estimer ». Ce qui signifie : déterminer la valeur d’une chose. Nous connaissons aussi les termes « sous-évaluer », ou « surévaluer » : nous pouvons parfaitement nous tromper lorsque nous estimons quelque chose. Nous le faisons toujours de notre propre point de vue, avec notre histoire, nos expériences, notre perception de la personne qui s’adresse à nous. Ce qui nous apparait juste à l’instant de l’échange peut très bien nous apparaitre faux lorsque nous avons pris le temps de discuter davantage ou de réfléchir.

Lorsque nous avons en face de nous un interlocuteur, nous avons une tendance naturelle à évaluer ses propos, en ne leur donnant pas toujours le sens que traduisent les mots seuls.

Par exemple, lorsque nous conjoint(e) arrive le soir du travail, et s’exclame : « J’ai très faim. Quand est-ce qu’on mange ? », il est possible que nous évaluons ses propos d’une façon différente de ce que les mots expriment strictement. Nous pouvons entendre :

  • "Mets-toi vite à mon service car j’ai faim maintenant, ce qui implique qu’il nous faut nous mettre à table rapidement ».
  • "Ton devoir est de faire à manger pour que ce soit prêt au moment où je rentre du travail, l’as-tu fait ? »
  • "Mon besoin de manger est supérieur à mon désir de te demander comment tu vas, et si tu as passé une bonne journée. Ton bien-être s’efface devant ma faim. »
  • "Si je demande quand est-ce qu’on mange, c’est que je doute que ce soit prêt et que tu ais fait ce qu’il faut pour me nourrir lorsque j’ai faim. »
  • Etc.

Toutes ces évaluations paraissent un peu excessives lorsqu’elles sont formulées ainsi, avec des mots. Il arrive cependant que nos émotions soient vives, et fassent de telles interprétations excessives. Imaginons que votre journée ait été très contrariante et bousculée, mais que vous vous étiez le matin même fixé comme objectif de faire un poulet sauté au gingembre, une de vos spécialités particulièrement appréciée de votre conjoint(e), Une succession d’évènements contrariants ne vous a malheureusement pas laissé le temps d’aller faire les courses nécessaires. Rentré(e) chez vous, vous vous êtes accordé(e) quelques minutes de repos dans votre canapé, et vous vous y trouviez encore au moment où votre conjoint(e) arrive et s’exclame : « J’ai très faim. Quand est-ce qu’on mange ? ». Il est possible que vous ressentiez à ce moment-là une vague de culpabilité. Mais votre raison, à très juste titre, vous défend de vous sentir coupable, compte tenu des difficultés auxquelles vous avez dû faire face durant toute la journée. Alors elle met en place un stratagème pour vous défendre : en déformant les propos de votre conjoint(e), vous avez ainsi la possibilité de vous mettre en colère contre lui (elle), et de vous dédouaner de votre culpabilité.

Il ne s’agit pas de toujours nous méfier de nous-mêmes, mais bien de savoir que nous pouvons être injuste lorsqu’on nous évaluons des propos, plutôt que d’écouter le sens exact des mots qui nous sont adressés.

Victoire

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